Activités de FAV

Bade-Alsace

Date : samedi 2 octobre 2005 - Participants : une trentaine - Organisateurs: Pierre Haas, André Heinrich, Patrice Robert - Trois étapes au programme : Mulhouse (Musée de l'impression sur étoffes) / Eguisheim (Circuit pittoresque) / Wettolsheim (Restaurant "la Palette").

Musée de l'impression sur étoffes à Mulhouse

1/ Mulhouse

C'est une cité à l'histoire singulière, faite de bouleversements, de capacité d'innovation et de création. A partir du XIIe siècle, l'Alsace a connu un développement urbain d'une grande ampleur qui marquera fondamentalement sa géographie et son histoire. De cette forte tradition, la ville de Mulhouse offre sans doute l'exemple extrême et ce, à deux titres : elle est la ville alsacienne qui a su affirmer de la manière la plus résolue et la plus durable l'esprit d'indépendance; elle est également celle qui a manifesté une croissance dont l'étendue et la rapidité sont restées uniques dans la région.

Si, avec ses 223.856 habitants, l'agglomération de Mulhouse est aujourd'hui la deuxième ville d'Alsace derrière celle de Strasbourg (avec ses 389.480 hab.), elle est par contre loin d'occuper le même rang du point de vue architectural ou artistique. Certains guides iraient jusqu'à prétendre "qu'elle n'a pas vraiment le cachet alsacien" ! Personnellement, je suis loin de partager cette opinion.

Mentionnée déjà au VIIIe siècle sous Mulenhusen (maison du moulin), Mulhouse n'apparaît dans l'histoire qu'au XIIe siècle, dépendant alors de l'évêque de Strasbourg. Par la suite, les Hohenstaufen transformeront la ville en la fortifiant en 1222, lui conférant ainsi le titre de "civitas". Le grand interrègne (1254-1262) permet à l'évêque de Strasbourg de reprendre la ville et d'y édifier un château. Les bourgeois, aidés par Rodolphe de Habsbourg, se libéreront de cette tutelle en rasant le château en 1262. En 1308, Mulhouse devient ville impériale et adhère en 1354 à la Décapole. Le XIVe et plus encore le XVe siècle constitueront une époque de luttes incessantes, d'abord contre la noblesse du voisinage et surtout contre... les Habsbourg, dont les territoires encerclaient la ville. En 1466 Mulhouse signe une alliance avec Berne et Soleure (adversaires des Habsbourg) et en 1506, passe une convention avec Bâle. En 1515, la Confédération helvétique reconnaissant à Mulhouse le statut d'alliée, celle-ci sortira de la Décapole, ce départ étant compensé par l'adhésion de Landau (Palatinat).

La Réforme s'imposa dans la ville entre 1523 (Ulrich Zwingli) et 1529 (Calvin) et en fit une enclave non plus seulement politique mais aussi religieuse, ses habitants étant tenus à des règles de vie très strictes; l'esprit calviniste agira aussi comme "catalyseur" du développement industriel en inspirant des initiatives pionnières en matière sociale et culturelle. Comme les autres confédérés, Mulhouse est devenue en 1521, l'alliée de la France.

A la fin du XVIe siècle Mulhouse était une petite cité d'environ 2.000 habitants et de 33 ha de superficie (vivant de l'agriculture, du vignoble et de l'artisanat), implantée sur l'Ill en amont de sa confluence avec la Doller, dans une dépression humide, au pied des collines constituant les dernières avancées du Sundgau. Pendant la guerre de Trente Ans, restée neutre durant le conflit, Mulhouse réussira à s'enrichir en s'ouvrant au commerce régional; devenue en 1648 une enclave dans les terres françaises, elle peut enfin entretenir de bonnes relations avec son voisinage. Îlot de paix et de prospérité, Mulhouse dispose d'atouts lui permettant son décollage économique : des capitaux grâce au commerce, de la main d'oeuvre grâce au monde rural, la religion calviniste lui conférant une morale faite d'efforts et de persévérance. En 1746, quatre jeunes Mulhousiens (Koechlin, Schmaltzer, Dollfus et Feer) fondent une manu-facture d'impression sur tissus produisant des "indiennes", alors très en vogue. En 1798, on compte 26 fabricants et 6.000 habitants. Mulhouse profitera, après la révocation de l'Edit de Nantes, de l'exode massif des Huguenots qui contrôlaient une grande partie de l'indiennage français. Ce succès provoquera la réaction des concurrents, notamment haut-rhinois qui réussirent en 1792 à instaurer un véritable blocus douanier de la ville : cette mesure décidera les Mulhousiens à voter, le 4 janvier 1798, leur adhésion à la France.

Une ère nouvelle commençait qui, en quelques décennies, allait faire de Mulhouse le "Manchester francais", la ville aux cent cheminées, la capitale industrielle de l'Alsace. A partir de l'impression textile se développèrent la filature et le tissage, puis ces industries complémentaires que sont la chimie et la mécanique. Le nombre d'habitants atteindra les 60.000 en 1870 et 105.000 en 1914.

La population ouvrière, qui connaît des conditions de vie dramatique au début du XIXe siècle, voit progressivement son sort s'améliorer grâce a une politique volontariste animée par la Société industrielle de Mulhouse (SIM) qui regroupe depuis 1826 les industriels les plus dynamiques. La construction des cités ouvrières, à partir de 1854, est un des symboles les plus marquants de ce phénomène. La SIM adjoignit à cette substantielle mission un rôle d'animatrice dans les domaines intellectuel et artistique avec l'ouverture de musées, et éducatif avec la création d'écoles de chimie, de tissage ou de commerce. Dès 1857, la SIM contribua à doter Mulhouse d'un Musée du dessin industriel, l'ancêtre de l'actuel Musée de l'impression sur étoffes (MIE) puis d'une dizaine d'autres musées, d'un parc zoologique, etc. Rappelons que Mulhouse possède aujourd'hui le pôle de musées techniques le plus important d'Europe. Depuis 1975, la ville accueille l'Université de Haute-Alsace qui privilégie les formations aux métiers de haute technologie et entretient la pérennité de ce qu'on appelle le modèle mulhousien né de l'étroite liaison entre formation, recherche et industrie.

Le Musée de l'impression sur étoffes (MIE) est installé dans un bâtiment prestigieux construit par la SIM vers 1883, assorti d'une entrée triomphale débouchant sur un escalier monumental. Issu de collections rassemblées dès 1883 (3 millions d'échantillons et de dessins préparatoires et plus de 50.000 documents textiles... Nous avons eu l'insigne privilège de pouvoir pénétrer dans le Saint des saints et admirer une partie de ces merveilles !) et profondément restructuré en 1996, le MIE est à la fois le plus vieux et le plus récent des musées mulhousiens. Il s'est doté d'équipements modernes et de structures indispensables pour assurer au mieux sa vocation, soit celle de mettre en valeur un patrimoine textile exceptionnel. Précieux témoignage de près de trois siècles de créativité humaine, sa présence à Mulhouse comme l'importance de ses précieuses collections sont liées au développement du Sud-Alsace.

Vieilles rues typiques à Eguisheim

2/ Eguisheim

C'est un grand nom en Alsace. C'est un menhir sur lequel s'inscrivent en caractères runiques d'augustes souvenirs de l'histoire de l'Alsace. Il évoque l'ancienne race des Etichonides, race qui a donné des souverains à la France et à l'Allemagne, des ducs à la Lorraine et à l'Alsace, des margraves au pays de Bade... Eguisheim, c'est comme une cloche qui résonne à travers les siècles, portant ses vibrations vers les trônes d'Europe, vers les clochers de couvents et d'abbayes... et jusqu'à la coupole de Saint-Pierre !

Les participants, malgré un crépuscule naissant, eurent tout loisir pour emprunter les rues circulaires de ce vieux bourg viticole qui suivent la trace des remparts et qui permettent l'une des plus jolies visites alsaciennes, dans un pittoresque décor 'à la Hansi' où l'on flâne parmi les fontaines renaissance, les maisons à oriel et à pans de bois (encore généreusement fleuries) ou les cours profondes à larges auvents. es vestiges du château - construit au XIIIe siècle par l'évêque de Strasbourg a l'emplacement de l'antique castel bâti vers 720 par un Etichonide, le comte Eberhardt, petit-fils d'Adalric (ou Etichon) troisième duc d'Alsace... et père de Sainte Odile - s'encastrent au centre du village. C'est dans ce château que naquit le 21 juin 1002 sous le nom de Bruno (ou Brunon) d'Eguisheim, le deuxième fils d'Eberhardt, premier comte d'Eguisheim et de Helvige de Dabo et qui, en 1049, devint pape sous le nom de Léon IX... notre pape alsacien.

L'église Saint-Pierre et Paul (XIIe siècle), reconstruite en 1807-1809, abrite, sous le clocher-porche, une chapelle qui conserve le beau tympan romano-gothique du Xe siècle de l'ancien portail, tympan orné d'un Christ en majesté entre les saints Pierre et Paul ainsi qu'un linteau représentant la parabole des Vierges sages et des Vierges folles. Dans le champ de l'ancienne porte a été installée une Vierge ouvrante en bois polychrome datant du début du XIVe siècle; ce serait, avec celle exposée au Musée d'histoire locale de Kaysersberg, les seuls exemplaires de Vierges ouvrantes existant encore en Alsace.

Eguisheim vaut vraiment le détour 'Qu'on se le dise' !

3/ Wettolsheim

Il est 19 h 30 lorsque - sous une pluie battante - nous rejoignons l'hôtel-restaurant "La Palette" à Wettolsheim (bourg viticole voisin d'Egisheim) ou nous accueille, la mine ravie, un dénommé Henri Gagneux qui exploite depuis peu, dans les locaux somptueusement rénovés de l'ancienne auberge du père Floranc, un restaurant gastronomique baptisé "La Palette". Qui se souvient encore du périple organisé pour l'AVAB un samedi 21 octobre 1995 à Neuf-Brisach par notre confrère et ami Patrice Robert . A l'issue de la réception par M. le Maire dans sa bonne ville "de Vauban", nous avons été les hôtes (particulièrement gâtés) du jeune chef qui, peu de temps auparavant, venait de se parachuter à Neuf-Brisach, dans les locaux (certes quelque peu exigüs) de son restaurant baptisé "La Petite Palette". Tout ce qu'on peut dire de Henri Gagneux (resté le même qu'il y a 10 ans à Neuf-Brisach, toujours aussi affable et souriant), c'est qu'il n'a pas perdu la main en nous comblant avec un menu gastronomique concocté de pair avec Pierre Haas et sa charmante épouse Andrée.

Bravo à tous !

André HEINRICH