Activités de FAV

Bade-Alsace

Dans l'après-midi du samedi 22 octobre 2011 - en Centre-Alsace, dans la région de Sélestat - a eu lieu la rencontre printanière de l'AVAB/BETV organisée par le confrère André-Xavier HEINRICH et à laquelle participèrent une vingtaine de membres, cette rencontre coïncidant avec le 30ème anniversaire de la fondation de l'Amicale le 9 octobre 1976 à Baden-Baden. Cette rencontre comportait deux volets, très différents de par leur nature, à savoir : un volet ethologique avec la visite à14 h 30 d'un parc animalier, La Montagne des Singes, situé à 430 m au-dessus du proche village de Kintzheitn (67600), et un volet historique, avec la visite, à partir de 16 h 30 du château restauré du Haut-Kœnigbourg, haut-lieu touristico-historique s'il en est, implanté sur un promontoire gréseux à 755 m au- dessus de la commune d'Orschwiller (67600). Cette fort intéressante sortie s'acheva par un repas très apprécié, servi au restaurant "à la Couronne" à Scherwiller (67750), une demeure aux riches colombages classée M.H. et datant de la fin du XVIIe - début du XVIIIe siècle.

1/ La Montagne des Singes

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Alors que la plaine rhénane est nappée d’un épais brouillard, nous commençons notre périple - sous un agréable soleil automnal - par la visite du parc animalier dit La Montagne des Singes, au lieu-dit La Wick, une ancienne maison forestière désaffectée. Notre guide : ce sera tout bonnement le propriétaire même des lieux, le jeune baron Guillaume de Türckheim, ingénieur agronome, fils du fondateur de ce parc en août 1969, et ami de l'organisateur de la rencontre ! Suivons-le donc et écoutons-le : le parc animalier a été aménagé au cours de l'année 1969 dans une réserve de 24 ha arborés (résineux, feuillus, etc.), à une altitude de 430 m et à 4 km à peine du pied du proche château du Haut-Kœnigsbourg. Il est occupé actuellement par environ 270 Macaques de Barbarie ou Magots (Macaca sylvana) originaires des hauts-plateaux nord-africains, qui y vivent en toute liberté et dans le respect de leur comportement habituel. Les Magots adultes, avec un poids moyen de 14,5 kg pour les mâles et de 9,3 kg pour les femelles, ont un pelage bien fourni, de couleur fauve clair ; les très jeunes sujets, d'un poids moyen de 500 g à la naissance (et avec de très grandes oreilles !!), ont un pelage entièrement noir jusqu'à environ 2 mois. Les Magots de ce parc vivent répartis en 5 groupes, à raison d'environ 50 sujets (dont 30 femelles) par groupe socialement bien organisé. Les naissances - après une gestation de 165 jours - ont toutes lieu au printemps et au début de l'été. L'étonnante vie sociale des Magots nous est présentée au plus près des animaux et une des particularités de ces animaux tient au fait que, contrairement à la plupart des singes, les mâles ont des contacts fréquents et intenses avec les petits qu'ils recueillent dès la fin de leur allaitement ; le bébé Magot sert en fait d'intermédiaire social et permet d'établir des contacts amicaux entre les mâles. Ils les portent, les gardent et les protègent dès après leur naissance : ce type de rapport à un stade aussi précoce, n'est connu que chez cette espèce de Macaques. L'épucage également est un contact social entre individus qui fédère la solidarité dans le groupe.

Et notre guide de poursuivre : La Montagne des Singes a été le tout premier parc ouvert en 1969, suivi, sous l'impulsion de son père Gilbert de Türckheim par celui de Rocamadour (Lot) en 1974, en 1976 par le Affen Berg de Salem près du Lac de Constance (R.F.A.), et enfin, en 2005, dans le Staffordshire (G.B.), par le parc à Magots de Trentham. À ce jour, ce sont près de 600 Macaques de Barbarie que La Montagne des Singes a contribué à réinsérer dans les montagnes nord-africaines ; Guillaume De Türckheim souligne également le fait que les Magots font aujourd'hui partie des espèces menacées classées en Annexe II de la Convention de Washington. Et de conclure : La Montagne des Singes offre aujourd'hui plus qu'une visite ludique ; elle est à présent devenue une référence dans la connaissance du Macaque de Barbarie grâce aux investigations éthologiques menées depuis plus de 40 ans et participe très activement à la conservation de l'espèce en sensibilisant le public à sa protection.

2/ Le château du Haut-Kœnigsbourg

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Notice historique et chronologique : le château du Haut-Kœnigsbourg est le troisième site touristique de France - en province - derrière le Mont Saint-Michel et le château de Chambord : près de 500.000 personnes le visitent tous les ans. De sa masse imposante, l’édifice - à 12 km à l'ouest de Sélestat, à 26 km au nord de Colmar et à 55 km au sud de Strasbourg - domine la plaine d'Alsace, la proche vallée de la Lièpvrette et permet de surveiller l'issue est du val de Villé. Situé sur une croupe montagneuse à 755 m d'altitude, il coiffe l'extrémité d'une barre rocheuse (en grès) longue d'environ un km ; à l'ouest, celle-ci porte un petit château, en ruines, l'Oedenbourg. La pente raide de la montagne - surtout vers l'est, donc vers la plaine - lui confère une importance de premier plan.

Le site ainsi décrit appelé alors Stophanberk (ou Staufenberg) doit son nom à son profil de calice renversé, "Stoph" désignant un calice, en vieil allemand. La montagne est mentionnée pour la première fois en 774 dans une charte de l'empereur Charlemagne en faveur de l'abbé Fulrad de l'abbaye de Saint-Denis (près de Paris) ; ce dernier, moine bénédictin - natif du proche village de Saint-Hippolyte - avait fondé un prieuré dans le val de Lièpvre où l'abbaye de Saint-Denis possédait déjà de vastes domaines ... dont le Stophanberk.

Le château-fort des Hohenstaufen

En dépit des protestations de l'abbé de Saint-Denis et au mépris de son droit de propriété, le duc de Souabe et d'Alsace, Frédéric dit le Borgne (1090-1147), fit construire sur ce sommet vers 1147 un premier château, que le plus ancien texte connu appelle Castrum Estufin. Le fondateur avait probablement repéré l'importance stratégique de cet éperon rocheux qui se trouvait à la croisée d'importantes routes commerciales : la route du blé et du vin (du nord au sud = ancienne voie romaine) et la route du sel et de l'argent (d'ouest en est). Frédéric le Borgne appartient à l'illustre famille des Hohenstaufen qui fit de l'Alsace une des assises de sa puissance. Ne disait-on pas que « le duc Frédéric traîne toujours un château à la queue de son cheval. » ! Pour assurer sa domination, ne fit-il pas construire les châteaux de Ribeaupierre et du Haut-Kœnigsbourg afin d'intercaler entre les châteaux des puissants comtes d'Eguisheim - rivaux des Staufen - une ligne de défense importante.

Par un texte de 1147, nous apprenons que Eudes de Deuil, lors de la deuxième Croisade, demanda au roi de France Louis VII d'intervenir, en faveur de l'abbaye de Saint-Denis, auprès du roi Conrad III, frère de Frédéric le Borgne. D'après ce texte, le roi possédait l'une des tours du castel, alors que la seconde tour appartenait à son neveu, le futur empereur Frédéric Barberousse. Le château était donc un bien patrimonial de la famille des Hohenstaufen, et fut appelé Kœnigsberg à partir de 1192, ses possesseurs ayant revêtu la dignité royale (roi = Kœnig). Dans un texte de 1453 apparaît la forme de Hœnkungsberg, sans doute pour distinguer ce château de celui de Kungesheim (= Kintzheim) situé en contrebas du Stophanberk. Quant au nom de Hohkœnigsburg, il n'est cité qu'à partir du XVIIe siècle. La burg Kœnigsberg : Profitant de l'affaiblissement des Hohenstaufen, les ducs de Lorraine prirent possession du château dans la première moitié du XIIIe siècle. En 1250, Cunon de Bergheim résidait au Koenigsberg comme vassal du duc Mathieu de Lorraine. Par la suite, ce dernier en investit les landgraves de Basse-Alsace, les comtes de Werd. Ceux-ci le confièrent en arrière-fief aux sires de Ratsamhausen et de Hohenstein et il est probable que les premiers détenaient le castel situé à l'ouest (l'Oedenburg) et les Hohenstein le château perché à l'est de la crête rocheuse.

Le dernier landgrave de Werd a, certes, encore reconnu les liens de vassalité qui le liaient au duc de Lorraine, mais tel ne fut pas le cas de ses successeurs, les comtes d'Oettingen qui, en 1359, vendirent - en dépit des protestations du duc de Lorraine - le château à l'évêque de Strasbourg, Jean de Lichtenberg. Au XVe siècle, le Kœnigsberg est redevenu un bien d'Empire. Au nom du roi Venceslas, le Landvogt d'Alsace remet dès 1398 le castel situé à l'est "Kœnigsberg das sloss" aux sires de Ratsamhausen ; quant au grand château occidental et au village d'Orschwiller, ils sont en 1442, l'apanage des chevaliers de Hohenstein. Pendant la deuxième moitié du XVe siècle, le château fut assiégé et réduit à deux reprises : en 1454, l'électeur palatin s'en empare pour en extirper les partisans du comte de Lutzelstein qui y avaient cherché refuge ; en 1462, excédés par les brigandages sur les marchands dus aux frères Mey de Lambsheim, auquels le burg servait de repaire, les magistrats de Bâle, de Colmar et de Strasbourg, appuyés par plusieurs princes, organisèrent une expédition punitive : cinq cent hommes environ munis de pièces d'artillerie assiègent la forteresse et la détruisent.

Le château des Thierstein

En 1479, le Haut-Kœnigsbourg commence à renaître lorsque l'empereur Frédéric III le remet en fief aux comtes de Thierstein. Ceux-ci appartenaient à une vieille famille suisse (du canton de Soleure) et avaient rendu d'éminents services à la maison d'Autriche. Oswald de Thierstein était un des plus célèbres capitaines de son temps ; avec son frère Guillaume, il fait reconstruire le château qui est désormais un fief autrichien. Les Thierstein qui en restèrent les propriétaires pendant quarante ans, en firent une des plus belles forteresses du pays. Les ruines grandioses qui subsistent au début du XVe siècle servirent en grande partie au tracé de la construction du château actuel. Depuis que l'artillerie jouait un rôle prédominant dans la technique du siège, un nouveau système de défense s'avéra nécessaire. Sur le côté ouest, là où le château était le plus vulnérable, car aisément accessible, le maître d'œuvre éleva un puissant bastion formé de deux tours d'artillerie ; il est séparé de la crête rocheuse voisine par une profonde entaille creusée dans le roc. à l'est, deux solides bastions en fer à cheval protègent la basse-cour. Une ceinture de protection entoure l'ensemble du château, tandis que plus à l'est, en contre-bas, s'étend une réserve de gibier, le "Thiergarten", qui est ceint de murs et se termine par un ouvrage de défense en étoile. Le corps principal du château, érigé en style gothique, comporte trois bâtiments qui délimitent une cour d'honneur. L'aile occidentale forme un ensemble magnifique de salles superposées dont l'architecte de Napoléon III, Eugène Viollet-le-Duc, a rédigé une description admirative. L'aile nord comprend les cuisines au-dessus desquelles se situent les chambres du comte Oswald, du prévôt et des hôtes. Le logis seigneurial et la chapelle castrale occupent l'aile sud. La cour intérieure est fermée à l'est par le donjon que des textes du XVIIe siècle dénomment le "Lug ins Landt" (belvedère et observatoire). En 1517, l'empereur Maximilien Ier racheta le château au dernier comte de Thierstein, le seigneur Henri de Pfeffingen ; acculé à la ruine, celui-ci avait résilié tous ses fiefs, mais conserva l'usufruit du Haut-Kœnigsbourg jusqu'à sa mort en 1519.

La forteresse autrichienne

à partir du XVIe siècle, nous sommes mieux renseignés sur le château gràce à la correspondance échangée entre les prévôts et la Régence autrichienne d'Ensisheim dont ils dépendaient. Des inventaires établis entre 1527 et 1533 énumèrent le mobilier, les armes et les différents outils ; ils témoignent de la richesse de l'équipement intérieur. Toutefois les travaux d'entretien de la forteresse laissaient à désirer : les eaux de pluie infiltrées n'allaient-elles pas jusqu'à faire fondre les réserves de poudre « comme du saindoux ». À partir de 1534, transformations et réparations entraînèrent jusqu'à la démolition partielle du donjon. Si l'armement initial comprenait 12 pièces d'artillerie et 66 arquebuses, les bouches à feu furent réduites par la suite. En 1533, le roi Ferdinand décida d'y installer les nobles de Sickingen comme gouverneurs militaires (cf. inscription au-dessus de la montée au bastion ouest). Eux-mêmes n'y résidaient pas, mais en confiaient la gestion à des sous-prévôts ; l'entretien du château fut de plus en plus négligé. En 1605, le Landvogt autrichien et commandant en chef en Alsace - le baron Rodolphe de Bollwiller – demanda à se substituer aux Sickingen afin de mieux pouvoir protéger ses sujets du val de Villé : il versa à cet effet 21.666 florins et entra en possession du château en 1606. A sa mort, son gendre, Jean Ernest de Fugger (Augsbourg) lui succéda. Mais l'équipement du château et son ameublement sont de plus en plus réduits, comme peuvent en témoigner les inventaires du début du XVIIe siècle. La Guerre de Trente Ans (1618 - 1648) lui apporte le coup de grâce. Les Suédois, en guerre avec l'Autriche, ravagent l'Alsace et, en 1633, ils mettent le siège devant le Haut-Koenigsbourg qui est bombardé. La garnison, bien que renforcée finit par s'enfuir et, sous la pression des assiégeants dirigés par l'Oberwachtmeister G.S. Fischer, le jeune capitaine Philippe de Lichtenau (un damoiseau !) capitule le 7 septembre 1633. Un mois plus tard, les Suédois incendient le château.

Destin d'une ruine

Selon les clauses du Traité de Westphalie (1648) toutes les possessions autrichiennes en Alsace passent à la France... y compris le château du Haut-Kœnigsbourg. En 1672, les Fugger sont dépossédés du château et de la seigneurie voisine d'Orschwiller par... le roi Louis XIV... qui les rendit aux Sickingen. Ces derniers les vendirent, en 1770, à Henri François de Boug, premier président du Conseil souverain d'Alsace dont la famille resta propriétaire des ruines au-delà de la Révolution de 1789. En 1825, le château, en ruines, et une forêt attenante d'environ 120 hectares, furent achetés par un certain Dreyfuss, du proche Ribeauvillé, puis, en 1851, par MM. Mannheimer, banquiers à Colmar. C'est en 1865 que le château en ruines (avec la forêt voisine) entrèrent dans le patrimoine de la ville de Sélestat.

Le château des Hohenzollern

Le 8 mai 1899, la ville de Sélestat fait présent des ruines à l'empereur d'Allemagne Guillaume II, qui charge le jeune architecte Bodo Ehrhardt de reconstituer le château dans l'état où le laissèrent les comtes de Thierstein. La ville de Sélestat, quant à elle, gardera la centaine d'hectares de forêt, économiquement plus rentables. Commencés en 1901, les travaux de restauration sont achevés en 1908 ; la clé symbolique de l'accès au Haut-Kœnigsbourg est solennellement remise à l'empereur le 13 mai 1908. à l'issue de la Première Guerre mondiale, les biens de l'empereur - dont le château - sont récupérés par l'état français. Rappelons que pour le Kaiser, le château marquait la limite occidentale de l'Empire allemand, tout comme le château de Marienburg (actuellement Malbork, en Pologne) en marquait la limite orientale. Les ruines du château ont été classées dès 1862, les parties restituées du château et le domaine national sur lequel il est implanté n'étant protégés que par un arrêté de classement depuis le 11 février 1993. Appartenant à l'état français depuis 1919, le château du Haut-Kœnigsbourg fut transféré par l'état au Conseil Général du Bas-Rhin en janvier 2007 ; ce transfert fut le premier bien patrimonial transféré par l'état à une structure décentralisée parmi une liste de 176 biens transférables arrêtée en 2004.

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Étiré sur 275 m de long et près de 60 m de large sur une crête de grès rose, le gigantesque ensemble néo-féodal trônant sur son piton envahi par la forêt vosgienne, parfois noyé par des brumes fantomatiques, constitue un décor fabuleux (que Jean Renoir choisira pour tourner La Grande Illusion avec Jean Gabin, Pierre Fesnay, Eric Von Stroheim, etc...), et qui offre les plus fantastiques échappées sur la plaine rhénane et sur la montagne environnante ; immense et magnifique, le panorama s'étend jusqu'aux sombres ondulations de la lointaine Forêt-Noire, voire ... (par très beau temps)... jusqu'aux cimes étincelantes des Alpes helvétiques.

Voici donc plus de 800 ans que sa silhouette caractéristique marque le paysage alsacien. Le château a connu toutes les vicissitudes de l'histoire, Ô combien tumultueuse, de cette belle région. Il a appartenu successivement aux trois grandes dynasties impériales germaniques (Hohenstaufen, Habsbourg, Hohenzollern), mais aussi à des individus de sac et de corde et, réduit à l'état de ruine pendant plus de deux siècles, il a finalement été entièrement reconstruit par la volonté personnelle d'un empereur allemand. témoin d'un passé d'affrontements acharnés, voilà notre château devenu un symbole de l'Europe unie et pacifiée.

André-Xavier HEINRICH